Thursday, 11 January 2018

BALADES SANS BALLES


Ci-dessous je partage un interview que j'ai fait la semaine dernière pour u-trail.
La chasse a un fort impact sur le plaisir de courir en Vaucluse en hiver. Avec l'association Trail Vaucluse, j'essaie de porter la voix de ceux qui souhaiteraient se balader en nature sans compromis de sécurité.
Le plaisir d'aller dehors devrait être une possibilité pour tous.


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Bonjour Andy !

Tout d’abord bonne année 2018 Andy et merci de nous accorder cette interview. Avant de parler du sujet qui nous préoccupe, à savoir la cohabitation entre chasseurs et traileurs, alors que trop de non chasseurs paient le prix fort, nous voudrions revenir sur toi et ton parcours récent.

D’abord, côté santé, comment tu gères ta cuisse droite, est-ce tu te dis « get along with it » (fait avec) ? Beaucoup qui nous lisent courent avec une vieille blessure, une gêne, que leur dis-tu pour les soutenir moralement ?

Oui, c’est exactement ça, je fais avec. J’essaie de l’oublier, même si finalement c’est impossible d’ignorer sa présence. À chaque appui ma cuisse droite répond bizarrement. Il me manque un peu de puissance et de la stabilité sur cette jambe. Mais il n’y a aucun doute que je préfère courir avec une jambe bizarre que de ne plus du tout mettre mes baskets de running. Je souffrirais bien plus à ne plus courir, c’est sûr ! Parlant de blessures, aujourd’hui je suis beaucoup plus embêté par deux problèmes plus communs pour les coureurs à pied – une pubalgie et une aponévrose. Oui, c’est terrible à vivre les blessures pour un coureur, très frustrant parfois. Quoi dire ? – il faut se dire qu’un jour ça finira par partir et que ça ira mieux quand même. Se frustrer et déprimer ça ne va pas aider c’est certain ! Il faut trouver d’autres choses à faire pour s’occuper et pour s’aérer la tête !


Tu es un compétiteur mais tu cours avant tout pour le plaisir, est-ce que par rapport à un athlétisme affilié au système et faible face au dopage, le trail ce n’est pas finalement un sport plus authentique et un des derniers espaces de liberté qui nous reste ? c’est quoi pour toi la définition de « l’esprit trail » ?

Le trail est effectivement plus proche de la nature que beaucoup d’autres sports. Finalement il faut peu d’équipement et de gadgets – on chausse des jolies chaussures et puis on file dans la nature. On peut le faire seul ou avec du monde. On respire et on profite des environs. C’est ça l’esprit trail finalement, c’est passer du temps en nature, que ce soit sur des sentiers, aux abords des champs, en haut des montagnes, mais dans tous les cas c’est loin des routes et des lieux urbanisés, loin du monde ! Après, bien sûr que j’ai un côté compétitif, j’aime bien les courses et j’aime donner mon maximum pour essayer de bien me classer en compétition. Mais personnellement, je fais le trail plus pour le fun que pour la bagarre !


Sur l’édition 2017 de l’UTMB, la plus incroyable avec un plateau historique, tu termines 16e, en 22h36, avec un démarrage à 15km/h pendant les premiers kilomètres, et du point de vue de nous autres traileurs moyens, c’est déjà incroyable, vous, les élites, malgré les blessures, malgré la douleur, vous êtes des extra-terrestres, alors c’est quoi pour toi LE secret pour se dépasser soi-même ?

Ah, si seulement il y avait juste UN secret ! Pour moi boucler une course aussi longue et aussi dure que l’utmb c’est un cumul de plusieurs choses : D’abords il faut avoir réellement envie de la faire, envie d’en profiter et surtout il faut vraiment vouloir la finir ! Si on n’y croit pas complètement, il y a peu de chance qu’on arrive au bout à mon avis ! Ça s’est vu chez l’elite cette année – ils voulaient tous finir ! Après il faut bien sûr être en bonne forme physique et surtout être bien reposé avant le départ. Cette année j’étais parti comme si je partais pour une longue balade, que je voulais terminer et dont je voulais profiter. La tactique m’a mieux réussie que l’an dernier, où j’étais en meilleure forme physique, mais j’étais dans un esprit plus compétitif et moins frais au départ.




Venons-en au sujet pour lequel tu es en train devenir le porte-drapeau, tu es anglais et tu vis en France, en Angleterre, pourtant pays de tradition, la chasse est interdite le dimanche depuis 1831, ça n’est pas le fait de la commission européenne pour une fois, et quelque chose te révolte, nous sommes bien d’accord, c’est la sécurité des gens sur les sentiers en forêt, peux-tu nous expliquer ce que tu ressens lorsque tu cours en forêt alors qu’il y a des chasseurs dans le coin ?

Je ne me suis jamais préoccupé de la réglementation concernant la chasse en Angleterre ou en Ecosse, ni dans aucun autre pays où j’ai vécu ou voyagé dans ma vie, jusqu’à ce que j’arrive en France. Jamais en Angleterre je n’ai croisé des personnes armées lors de mes footings. La chasse existe certes, mais c’est plus encadré et moins omniprésent. En uk c’est connu comme un sport de riches qui passent une semaine à tirer sur des faisans dans des gros domaines en écosse, et ça se passe dans des zones très isolées et définies, donc peu de chance que du monde y passe en balade. Honnêtement ça m’a beaucoup choqué quand je suis arrivé ici et j’ai réalisé que l’on peut se balader où on veut, le fusil sur l’épaule. Et ici où j’habite, dans un petit village qui s’appelle Lagnes, en Vaucluse, en hiver dès qu’on sort de la maison on croise beaucoup de chasseurs. Quel que soit le jour de la semaine, on les croise le long des canaux, dans les forêts et partout sur le grand réseau de petits sentiers et des gros chemins qui traversent les collines vauclusiennes. La santé et la sécurité sont de plus en plus des sujets de société primordiaux aujourd’hui. Je travaille dans les énergies renouvelables et c’est un secteur où on se préoccupe beaucoup de la sécurité, même parfois un peu trop à mon avis. J’ai été dans des bureaux où on est obligé de tenir la rambarde de l’escalier, par exemple (et les weekends je fais du sky running !). Certes ça va un peu loin, mais c’est pour montrer à quel point on réfléchit de plus en plus à cette problématique de manière générale. Et à côté de ça, on partage les espaces naturels avec des personnes armées avec des fusils capables de tuer à plusieurs kilomètres. C’est quand même fou. Fréquemment on tire à côté de moi quand je cours. Et c’est souvent un chasseur stationné à 20-30m de moi, qui ne m’avait pas vu avant de tirer. Ils tirent souvent depuis les sentiers GR et à travers les chemins car ils attendent des sangliers qu’ils dirigent vers les pistes avec leurs chiens et les 4×4. J’ai été tenu en joue par un chasseur, ma mère aussi, au-dessus du village à 1km de ma maison. Tout ça je ne le trouve pas normal, pas sécurisant du tout et contre nature. Aller courir, faire du vtt ou se balader en famille en nature ne devrait pas être dangereux, à mon avis.




Tu fais plusieurs propositions, la première c’est de demander au préfet un jour sans chasse, la deuxième c’est de construire une plateforme de communication entre traileurs et chasseurs, l’une est contraignante, l’autre est co-constructive, comment penses-tu attirer les chasseurs sur cette plateforme, heureusement qu’il y a des chasseurs qui sont traileurs et vice-versa ?

Je ne dirais pas qu’une journée sans chasse soit contraignante. C’est tout le contraire. 7 jours de chasse par semaine en Vaucluse représentent une contrainte importante pour toute personne non chasseur. Car aujourd’hui il n’y a aucun jour où les autres usagers puissent profiter pleinement de la nature. Et l’idée de la plateforme de partage d’informations sort simplement du constat qu’aujourd’hui les dispositifs qui sont censés être mis en place ne fonctionnent pas. En tout cas, pas où j’habite, et j’entends que on n’est pas les seuls à être concernés par le problématique ici en Vaucluse. La réalité aujourd’hui est qu’avant d’aller « en nature » il n’y aucune façon facile ni sûre de savoir si on va croiser des chasseurs ou pas, c’est impossible de se renseigner où et quand ont lieu les chasses. Les panneaux indiquant « chasse en cours » sur les sentiers ne marchent pas. La moitié y reste toute l’année et avec les panneaux temporaires ils n’arrivent jamais à couvrir tous les accès possibles de toute la zone en danger – c’est un trop gros travail. Donc ma proposition serait une plateforme où ces informations puissent être visibles par tout le public, sur internet, comme on fait d’ailleurs en été pour cartographier les zones interdites d’accès par risque d’incendie. La date, l’heure et le lieu de toute chasse prévue. Ce serait bénéfique pour tout le monde. Les coureurs et les randonneurs pourraient choisir et adapter leurs parcours en fonction de ces informations, et les chasseurs retrouveraient moins de monde au milieu de leurs battues. Il y aurait moins de risques, moins d’accidents, moins de tension et l’espace serait beaucoup mieux partagé.


Si tu ne trouves aucun écho positif de la part de la fédération de chasse du Vaucluse sur l’idée d’une plateforme par exemple, penses-tu durcir le mouvement et rejoindre les positions des anti-chasses les plus radicaux (interdire la chasse tout court, actions militantes etc…) ?

Je ne suis pas en mode « confrontation ». Premièrement parce que c’est souvent contre-productif, et deuxièmement parce que ceux en face sont armés ! Je sais très bien aussi que c’est une question également très « politique » et pour avoir une chance d’aboutir à un compromis il ne vaut mieux pas attaquer le débat tête baissée avec des idées fermées ! La réglementation encadrant la chasse évoluera en France c’est sûr, ça fait partie de l’évolution (la population de chasseurs a baissé mécaniquement de 2,5 millions en 1975 à moins de 1 million aujourd’hui, NDLR) et du développement d’un pays qui essaie de faire au mieux pour la majorité de sa population. La pratique de cette activité telle qu’elle se déroule aujourd’hui n’est plus de notre temps. Et on ne l’a pas adaptée pour la mauvaise raison que cela fait partie de notre « culture ». L’esclavage ça faisait aussi partie de notre culture à une époque – on a fini par évoluer et l’éradiquer. Si je peux en parler publiquement, proposer des solutions et éventuellement assister pour avancer les choses un peu plus vite, tant mieux. Je n’ai qu’une envie personnellement – que mes enfants puissent avoir envie d’aller sur les sentiers sans avoir peur, ce qui n’est pas le cas actuellement.


Merci Andy pour tes réponses, on te souhaite à toi, à ton frère, à ta famille une excellente année 2018 dans la belle nature Vauclusienne et on croise les doigts pour que tout le monde arrive à s’entendre et que ton projet de plateforme trouve un écho favorable.

Andy a écrit au préfet lire ICI, et vous invite à participer au sondage sur la chasse ICI.






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